Recortes da história oficiosa do Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE)

Fondation de la RFA

Fondation de la RDA

L'URSS

L'Europe centrale et orientale

Les États-Unis

La puissance économique

Le Plan Marshall

Les premiers affrontements entre les deux blocs

La guerre civile en Grèce

La révolution en Chine

L'idée européenne

La culture chrétienne

L'Europe unie des socialistes

Le discours de Zurich

Les mouvements fédéralistes

L'Union européenne des fédéralistes (UEF)

Le Mouvement socialiste pour les États-Unis dEurope (MSEUE)

Les Nouvelles équipes internationales (NEI)

La Ligue européenne de coopération économique (LECE)

Les congrès fédéralistes

Montreux

Gstaad

La Haye

Le Mouvement européen

La coopération politique

L'action du Conseil de lEurope

La coopération économique

Le Benelux

Le Conseil tripartite de coopération économique

Les projets dunion douanière

L'Union européenne des paiements

Le Comité européen du charbon

La Commission économique pour lEurope

La coopération militaire

L'Union occidentale

L'OTAN

L'Organisation européenne pour la recherche nucléaire

 

Fondation de la RFA

Le 2 décembre 1946, les Britanniques et les Américains décident de fusionner leur zone d'occupation respective. Avec l'adjonction de la zone française en 1948, l'Allemagne occidentale devient la Trizone. Du 20 avril au 2 juin 1948, les trois puissances se réunissent à Londres pour discuter de l'avenir du pays et décident de convoquer une assemblée constituante, le Conseil parlementaire allemand. Ses membres sont désignés par les parlements des États fédéraux, les Länder. Ces entités fédérales ont été créées par les puissances d'occupation en tenant plus ou moins compte des antécédents historiques. Tandis que l'Etat de Prusse est aboli par décision alliée, la Bavière est maintenue. Le 1er septembre 1948, le Conseil parlementaire commence ses travaux à Bonn. Il élit le démocrate-chrétien Konrad Adenauer à sa tête et élabore la Loi fondamentale qui est rendue publique le 23 mai 1949. Cette loi représente la constitution provisoire de la République fédérale d'Allemagne (RFA). Son adoption par référendum donne lieu aux premières élections législatives pour l'ensemble de la Trizone. La ville de Bonn l'emporte sur Francfort comme capitale provisoire. La ville de Berlin-Ouest reçoit le statut de Land mais reste administrée par les Alliés. Il s'agit en effet de montrer que Berlin-Ouest fait partie de la RFA en dépit de son statut particulier et de favoriser le développement économique de la ville en accordant notamment des primes aux entreprises et aux fonctionnaires qui décident de venir s'y installer.

 

Même si le droit de regard des puissances alliées occidentales limite encore la souveraineté allemande, la RFA se veut déjà la seule héritière légitime du Reich allemand, dissout lors de la capitulation sans condition de 1945. L'élection du Bundestag, en août 1949, consacre la victoire des chrétiens-démocrates (CDU) sur les socialistes (SPD) menés par Kurt Schumacher et dont certaines positions marxistes effraient parfois les occupants occidentaux. Les communistes et les libéraux ne récoltent que des résultats marginaux. La CDU, dirigée par Konrad Adenauer, s'affirme par contre comme la champion du retour de l'économie libérale. Adenauer, partenaire privilégié des Américains, devient le premier chancelier de la RFA.

 

Fondation de la RDA

 En réaction à la fondation de la République fédérale d'Allemagne (RFA) à Bonn, l'URSS favorise, en octobre 1949, la proclamation de la République démocratique allemande (RDA) à Berlin. Berlin-Est devient aussitôt la capitale de la RDA. Les Occidentaux refusent de reconnaître cet Etat qui, à l'instar de la RFA, a la prétention de parler pour toute l'Allemagne. Le communiste Wilhelm Pieck devient président de la RDA et Otto Grotewohl, ancien social-démocrate, est nommé chef du gouvernement. C'est pourtant Walter Ulbricht, chef du Parti communiste, qui joue le rôle déterminant. Depuis 1946, le Parti social-démocrate (SPD) de la zone soviétique a en effet été contraint de fusionner avec le Parti communiste (KPD) pour former le Parti socialiste unifié (SED). Ce parti stalinien, dirigé par des communistes, va dominer la vie politique de la RDA jusqu'à la fin du régime communiste en 1989.

 

L'URSS

 Le 17  septembre 1939, Joseph Staline annexe la partie orientale de la Pologne et, l'année suivante, les pays baltes. L'expansion soviétique rappelle fortement la colonisation russe des siècles précédents. 

 Le 22 juin 1941, l'Allemagne attaque l'URSS. Staline est décidé à mettre tous les moyens en œuvre pour vaincre l'ennemi. Afin de motiver son peuple à se battre, il fait appel au sentiment patriotique russe. A la fin de la guerre, les succès militaires de l'Armée rouge rétablissent définitivement la position des forces soviétiques. Pendant la guerre, l'alliance avec la Grande-Bretagne et les États-Unis permet à l'URSS de réaliser de substantiels profits territoriaux.   

 Agrandie sur le plan territorial et entourée d'un glacis d'États satellites, l'URSS sort de la guerre auréolée du prestige de la lutte contre l'Allemagne hitlérienne. Elle est galvanisée par sa résistance héroïque à l'ennemi dont témoigne la victoire de Stalingrad. L'URSS offre aussi le visage d'un modèle idéologique, économique et social qui rayonne comme jamais avant en Europe. De plus, contrairement aux armées américaine et britannique, l'Armée rouge n'est pas démobilisée à la fin de la guerre. L'Union soviétique dispose de ce fait d'une réelle supériorité numérique en hommes et en armement lourd. Alors que les nations du continent européen sont ruinées par la guerre, l'URSS semble être la seule puissance capable de rivaliser avec les États-Unis. En août 1949, l'URSS fait exploser sa première bombe atomique puis, en 1953, sa première bombe thermonucléaire. Désormais, son titre de puissance mondiale ne peut plus lui être contesté. En Union soviétique, Staline continue à gouverner seul. Les tendances de libéralisation du régime parues pendant la guerre disparaissent à nouveau. Et le culte de la personnalité de Staline atteint son paroxysme. Une nouvelle vague de répression est néanmoins interrompue par la mort de Staline le 5 mars 1953.

 

 

 L'Europe centrale et orientale

 Limité à l'Union soviétique en 1945, le monde communiste s'étend ensuite rapidement à l'Europe centrale et orientale. Le 22 septembre 1947, les délégués des partis communistes d'Union soviétique, de Pologne, de Yougoslavie, de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, d'Italie et de France se réunissent près de Varsovie et créent le Kominform, bureau d'information installé à Belgrade et qui devient rapidement l'organe de coordination idéologique du mouvement communiste via l'intermédiaire de son journal Pour une paix durable, pour une démocratie populaire.

 

La propagande communiste est grandement facilitée par la présence de l'armée soviétique dans les pays d'Europe centrale et orientale qu'elle a libérés. Peu à peu, les communistes en viennent à y occuper les postes clés des gouvernements. Tous ceux qui ne suivent pas les directives de Moscou sont irrémédiablement évincés.

 

Progressivement, les leaders des partis non-communistes sont écartés, soit par discréditation ou intimidation, soit par des procès politiques suivis d'emprisonnement voire d'exécution. Trois ans suffisent à l'URSS pour mettre en place des démocraties populaires, dirigées par les partis communistes. Aussi bien la Pologne que la Hongrie, la Roumanie ou encore la Tchécoslovaquie tombent ainsi, de manière plus ou moins brutale, dans le giron soviétique. Néanmoins, le refus, à partir de 1948, des communistes yougoslaves de s'aligner sur les thèses du Kominform témoigne des difficultés de l'URSS à maintenir son emprise sur l'ensemble des pays situés dans son orbite.      

 

Les États-Unis 

Grâce à leur puissance économique et militaire, les États-Unis ont contribué d'une façon décisive à la victoire des Alliés contre l'Allemagne et le Japon. L'attitude isolationniste, prédominante au Congrès américain après la Première Guerre mondiale, est partiellement délaissée. L'amendement Vanderberg, voté par le Congrès américain en juin 1948, met définitivement fin à l'isolationnisme américain en autorisant les États-Unis à s'engager dans des alliances internationales en dehors du continent américain.  

 Les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945 ont inauguré une ère nouvelle. Jusqu'en 1949, les États-Unis restent les seuls à disposer d'une capacité de production massive d'armes nucléaires. Leur flotte de guerre et leur aviation militaire n'ont pas d'égal. Leur flotte marchande représente les deux tiers de la flotte mondiale, notamment les navires pétroliers, et ils sont les seuls à posséder une flotte aérienne transocéanique.

Par contre, l'armée de terre américaine est largement inférieure à celle de l'URSS car à la fin de la guerre, un grand nombre de soldats américains sont démobilisés. Ainsi, les forces militaires américaines passent de onze millions en 1945 à un million et demi d'hommes l'année suivante. 

 Désormais, les États-Unis sont déterminés à assurer pleinement leur rôle de première puissance mondiale. Cette attitude est encouragée par l'expansion du communisme en Europe centrale et orientale ainsi que par la menace d'une victoire électorale des partis communistes en Europe occidentale.

 

La puissance économique

Les États-Unis, dont l'immense effort de guerre a favorisé un développement industriel et technologique jamais atteint, s'affirment comme la première puissance économique mondiale, tant en ce qui concerne le volume des échanges commerciaux, la production industrielle et agricole qu'en ce qui concerne les réserves d'or ou de devises. Les EUA sont le seul pays à sortir de la guerre plus riche qu'en y entrant. Ils détiennent près de la moitié de la capacité mondiale de production et assurent près d'un quart des échanges mondiaux. Le dollar est désormais la monnaie d'échange internationale par excellence. Les États-Unis, qui possèdent les deux tiers du stock monétaire mondial, dominent le nouveau système monétaire international créé par les accords de Bretton Woods (New Hampshire) en juillet 1944. Le Fonds monétaire international (FMI) adopte le dollar comme monnaie de référence sur la base d'une parité fixe or-dollar et assure le contrôle du système de Bretton Woods. Le FMI est rattaché à l'Organisation des Nations unies (ONU) tout comme la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) destinée au financement des grands programmes d'investissement pour la reconstruction. Le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), signé en 1947, vise à la libéralisation des échanges commerciaux mondiaux et au désarmement douanier selon le principe traditionnel de la clause de la nation la plus favorisée.    

 

Mais les États-Unis, en tant que première puissance exportatrice mondiale, ont besoin de marchés nouveaux pour y écouler leurs produits. La surproduction intérieure guette. Or, en Europe, le manque de dollars, le Dollar Gap, notamment fournis par les programmes d'aide américains, se fait cruellement sentir. Une aide extérieure semble donc indispensable pour relancer l'économie européenne et remédier au déséquilibre de la balance des paiements européens avec la zone dollar.

 

 

 Le Plan Marshall

 A la fin de la guerre, l'Organisation des Nations unies (ONU), dont la Charte fondatrice est signée à San Francisco en juin 1945, fournit diverses aides aux pays européens détruits. L'Europe est en effet confrontée à de graves pénuries alimentaires et doit maintenir des systèmes de rationnement. Elle est également en manque de dollars, ce qui limite fortement ses importations en produits d'équipement civil et militaire. L'Administration des Nations unies pour les secours et la reconstruction, l'United Nations Relief and Rehabilitation Agency (UNRRA), créée dès novembre 1943, apporte des aides individuelles d'urgence aux Etats européens, notamment sur le plan humanitaire.

 Mais cette action reste ponctuelle et s'avère insuffisante pour relancer efficacement l'économie de l'ensemble de ces pays. Les échanges commerciaux intereuropéens sont en effet ralentis par le manque de devises et souffrent de l'absence d'une organisation économique internationale capable d'organiser efficacement le commerce mondial. Les États-Unis, qui ont le plus grand intérêt à favoriser ces échanges pour gonfler leurs exportations, envisagent dès lors de relever l'économie européenne via un programme structurel d'envergure. Pour les USA, il s'agit en effet de protéger la prospérité américaine et d'éloigner le spectre de la surproduction nationale. Mais la volonté des États-Unis d'accorder une aide économique massive à l’Europe trouve également son origine dans des préoccupations politiques. La peur de l'expansion communiste en Europe occidentale dans un climat de Guerre froide est sans doute un facteur décisif tout aussi important que la conquête de marchés nouveaux. Les Américains proposent donc de lutter contre la misère et la faim en Europe qui, selon eux, entretiennent le communisme. Le Plan Marshall s'inscrit dans la politique américaine d'endiguement - de containment tel que le président américain Truman l'expose dans un discours au Congrès américain des États-Unis le 12 mars 1947 - de la poussée réelle ou supposée du communisme en Europe.  

Dans un discours qu'il prononce le 5 juin 1947 à l'université Harvard de Cambridge (Massachusetts), le secrétaire d'État américain, George C. Marshall, propose à tous les pays d'Europe une assistance économique et financière conditionnée par une coopération européenne plus étroite. C'est le Plan Marshall ou le European Recovery Program (ERP). Très intéressées, la France et la Grande-Bretagne convoquent trois semaines plus tard à Paris une conférence à laquelle ils convient aussi l'URSS dans le but d'élaborer un programme commun en réponse à l'offre du général Marshall. Mais Viatcheslav Molotov, ministre russe des Affaires étrangères, refuse catégoriquement le moindre contrôle international et s'oppose au relèvement économique de l'Allemagne. L'Union soviétique rejette définitivement l'offre Marshall et dissuade ses pays satellites et la Finlande voisine de solliciter l'aide américaine. Ce refus approfondit la coupure entre l'Est et l'Ouest de l'Europe. En réaction au programme Marshall, l'URSS institue, en janvier 1949, une coopération économique avec les pays du bloc soviétique dans le cadre du Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM ou Comecon).     

 Finalement, seize pays s'empressent d'accepter le Plan Marshall : Autriche, Belgique, Danemark (avec les îles Féroé et le Groenland), France, Grèce, Irlande, Islande, Italie (et San Marin), Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal (avec Madère et les Açores), Royaume-Uni, Suède, Suisse (avec le Liechtenstein) et Turquie. Ils mettent immédiatement sur pied un Comité de coopération économique européenne (CCEE) qui dresse un rapport fixant les tâches prioritaires de l'économie européenne. Mais les Américains exigent que ces pays assurent eux-mêmes la gestion et la redistribution des fonds. Le CCEE prévoit alors la création d'un organisme permanent de coopération. Le 16 avril 1948, les seize pays signent à Paris la Convention qui y établit l'Organisation européenne de coopération économique (OECE). L'Allemagne de l'Ouest et le territoire de Trieste les rejoignent en 1949. Les colonies et les territoires extraeuropéens des pays de l'OECE y sont représentés par les métropoles et les États-Unis et le Canada, bien qu'ils ne soient pas membres de l'Organisation, participent aussi à tous ses travaux. L'OECE est donc, de facto, une organisation à vocation mondiale. En 1960, après l'adhésion effective des États-Unis et du Canada, elle devient d'ailleurs l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui connaît par la suite de nouveaux élargissements.

 Les États-Unis adoptent en avril 1948 une loi d'assistance étrangère qui crée l'Administration de coopération économique, l'Economic Cooperation Administration (ECA) qui gère la Plan Marshall. Ils décident d'envoyer un représentant permanent en Europe et d'établir des missions spéciales auprès de chacun des pays bénéficiaires. Des accords bilatéraux sont passés entre chaque pays et les États-Unis.  

 Le programme de relèvement européen se répartit à la fois en subsides et en prêts pour un montant global d'environ 13 milliards de dollars distribués entre avril 1948 et juin 1951. Au-delà des investissements de modernisation, l'aide américaine est avant tout utilisée pour acheter les marchandises indispensables aux économies européennes : produits alimentaires et agricoles, matières premières, outillages et équipements industriels. Les États-Unis affectent également des dollars au développement de la production de matériaux stratégiques dans les colonies européennes où les Américains veulent barrer la route au communisme. En octobre 1948, l'OECE met d'ailleurs sur pied un Comité des territoires d'outre-mer (CTO) qui, à travers un fonds spécial TOM, incite les pays européens à coopérer avec les États-Unis pour le développement de l'Afrique.  

 L'importance politique du Plan Marshall ne doit pas être sous-estimée. Par ce soutien, le président américain Harry Truman veut aider les peuples libres d'Europe à résoudre leurs problèmes économiques. Mais il s'agit aussi de faire barrage au communisme qui semble menacer des pays tels que la France et l'Italie. Cette stratégie se révèle payante puisqu'aux élections d'avril 1948, la Démocratie chrétienne l'emporte nettement sur le parti communiste italien jusque-là si influent. Le Plan Marshall s'accompagne d'ailleurs d'une intense propagande. C'est ainsi qu'un "train pour l'Europe", rempli de vivres et de denrées alimentaires, sillonne les pays bénéficiaires pour y exposer les projets entrepris et les résultats engrangés. La presse et les médias audiovisuels sont également mis à contribution. Car le plan de relèvement européen est bien une arme de la Guerre froide. Mais le Plan Marshall marque aussi l'entrée de l'Europe occidentale dans la société de consommation, symbolisée, par exemple, par le Coca-Cola et les films hollywoodiens. Dès 1948, l'OECE négocie un accord multilatéral de paiements intereuropéens suivi, en 1949, d'un code de libération des échanges. De juillet 1950 à décembre 1958, une Union européenne des paiements (UEP) rétablit la convertibilité des monnaies européennes et lève les restrictions quantitatives des échanges. L'OECE favorise également la productivité économique en Europe via l'Agence européenne de productivité qu'elle institue en 1953 pour étudier et diffuser les nouvelles avancées techniques applicables au secteur industriel. En rassemblant initialement les pays démocratiques européens dotés d'une économie de marché, l'OECE constitue une première étape importante sur la voie de l'unification européenne. Elle demeure toutefois un organe de coopération intergouvernementale qui ne parvient pas à créer une union douanière.

  

 

 Les premiers affrontements entre les deux blocs

Entre 1945 et 1947, la Guerre froide donne lieu à des conflits localisés.  La Grèce est en proie à une guerre civile depuis l’automne 1946 et la Turquie est à son tour menacée. Dans cette atmosphère internationale tendue, le président américain Harry S. Truman, conseillé par le diplomate George F. Kennan, redéfinit les grandes lignes de la politique extérieure des États-Unis. Le 12 mars 1947, dans une intervention devant les deux Chambres du Congrès réunies en séance commune, le président formule une nouvelle doctrine de politique étrangère qui vise à contenir l’expansion du communisme. Il s'agit de la doctrine du containment. Après avoir présenté son pays comme l'espoir du monde libre face au "totalitarisme communiste", Truman demande au Congrès de venir au secours des régions d'Europe menacées par la progression communiste. Dans ce cadre, il demande au Congrès de voter une aide de 400 millions de dollars en faveur de la Grèce et de la Turquie. Il prévoit que l'aide puisse être ultérieurement élargie à d'autres États. Entre-temps, depuis mars 1947, la lutte contre l'espionnage soviétique s'organise et la Central Intelligence Agency (CIA) devient le service de renseignements américain.

 Après avoir laissé faire le Royaume-Uni en Grèce, les États-Unis interviennent activement pour soutenir les forces anticommunistes. En appliquant la "doctrine Truman" d'endiguement, les Américains encouragent également la Turquie à rejeter les revendications soviétiques concernant la cession de bases navales au détroit du Bosphore. Ils obtiennent aussi le retrait des troupes russes d'Iran. En Chine, l'appui américain va au nationaliste Tchang Kaï-Chek sans que cela suffise toutefois à freiner l'avancée des communistes soutenus par l'Union soviétique.

La guerre civile en Grèce

 Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les mouvements de résistance communistes grecs refusent le rétablissement du régime royaliste que soutient la Grande-Bretagne. Les Anglais voient en effet dans la monarchie hellène la meilleure garantie du maintien du pays dans leur zone d'influence. Suite à un plébiscite favorable, le roi George II, réfugié au Caire, rentre au pays en septembre 1946. Les communistes, directement ravitaillés par la Yougoslavie et par le bloc soviétique via la Bulgarie et l'Albanie, déclenchent aussitôt une guerre civile et établissent un gouvernement révolutionnaire en Épire. Le 3 décembre 1946, la Grèce dépose une plainte devant le Conseil de Sécurité des Nations unies. Elle accuse ses trois voisins du Nord d'entretenir une guérilla contre ses intérêts nationaux.      

De 1946 à 1949, de violents combats opposent les communistes aux troupes gouvernementales qui reçoivent une aide militaire et financière massive des Britanniques puis des Américains qui redoutent de voir le pays, le dernier des Balkans à ne pas être sous hégémonie soviétique, se transformer à son tour en une République populaire. Voisine de la Turquie, la Grèce constitue donc une zone stratégique et économique de première importance pour barrer la route à la domination soviétique en Méditerranée orientale et protéger les ressources pétrolières du Moyen-Orient. Les États-Unis s'engagent ainsi à préserver l'indépendance et l'intégralité territoriale du royaume en poussant les autorités politiques à constituer un gouvernement d'unité nationale et à entreprendre une série de réformes économiques. La Grèce profite d'ailleurs du Plan Marshall et s'insère peu à peu dans le système occidental en intégrant le Conseil de l'Europe en 1949 et l'OTAN en 1951. Entre-temps, la rupture titiste entre la Yougoslavie et l'URSS prive le maquis communiste de son principal soutien et oblige les partisans à déposer les armes en octobre 1949. La fin de la révolte communiste en Grèce, qui entraîne la mort de plus de 50.000 personnes, marque le terme de la progression de l'influence soviétique en Europe.

 

La révolution en Chine

 Au printemps 1946, la guerre civile éclate en Chine. Les communistes conduits par Mao Tsé-Tung, aguerris par la résistance face au Japon, promettent une redistribution des terres aux paysans. Malgré l'appui américain qui se focalise progressivement sur l'Europe, le gouvernement nationaliste du général Tchang Kaï-Chek est contraint de quitter le continent et de se réfugier sur l'île de Formose en 1950. La République populaire de Chine est proclamée le 1er octobre 1949 avec Mao comme président. Les communistes occupent tous les postes clés de l'Etat. Les opposants sont systématiquement arrêtés ou exécutés. Cette victoire renforce considérablement la position du communisme mondial qui s'étend désormais de la mer de Chine à l'Elbe. Mais la Chine communiste, qui a certes besoin de l'aide économique soviétique dans les premières années de la République populaire, n'en est pas pour autant un simple satellite de l'Union soviétique. Et si elle s'engage auprès de l'URSS dans certains conflits de la Guerre froide, elle ne s'intègre pas pour autant dans le bloc soviétique.

 

L'idée européenne

 L'idéal d'unité européenne, déjà popularisé par certaines élites dans la période de l'entre-deux-guerres, se répand rapidement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Des milliers de jeunes rêvent d'une Europe unie, parfois même d'un monde unifié et pacifique. Alors que la reconstruction est une priorité immédiate de l'après-guerre, nombreux sont ceux qui prônent l'établissement d'une entité européenne autonome. Afin d'éviter le partage du monde en deux blocs antagonistes et la guerre qui ne manquerait pas d'en résulter, la constitution d'un troisième pôle européen paraît en effet indispensable. Dans ce contexte, des voix se font entendre pour réclamer la neutralité des pays occidentaux face au matérialisme américain et au totalitarisme soviétique. Mais le thème du non-alignement, de plus en plus difficilement applicable au fur et à mesure que la Guerre froide s'intensifie, n'est bientôt plus défendu que par les mouvements pacifistes et internationalistes. Ceux-ci se reconnaissent pleinement dans l'Appel de Stockholm que lance, en mars 1950, le Comité mondial des partisans de la paix pour exiger l'interdiction absolue de l'arme atomique dans le monde. 

 En ce qui concerne la forme et les modalités d'unification de l'Europe, les idées divergent souvent en fonction des familles politiques et idéologiques. Tandis que les uns favorisent une fédération dirigée par une autorité fédérale, voire un gouvernement européen, d'autres privilégient par contre une simple association d'États souverains. Conscients de la nécessité de promouvoir l'idéal européen dans le monde politique et auprès du grand public, divers partisans de l'unité fédérale européenne fondent, en 1946, l’Union européenne des fédéralistes (UEF) qui regroupe une cinquantaine de mouvements fédéralistes. De nombreux congrès internationaux sont également organisés pour faire aboutir cette idée.

 

Au sein des parlements nationaux, en particulier des parlements néerlandais, belge, français et italien, les partisans du fédéralisme gagnent progressivement en importance. En 1947, Richard Coudenhove-Kalergi, fondateur de l'Union paneuropéenne au début des années vingt, décide de réunir ces parlementaires dans l'Union parlementaire européenne (UPE). Mieux organisés, les parlementaires peuvent ainsi faire pression sur les gouvernements nationaux.

 

La culture chrétienne

 Certains milieux démocrates-chrétiens se sont préoccupés bien avant la guerre de l'unité européenne. Certains leaders regrettent notamment la disparition de l'unité spirituelle de l'Europe telle qu'elle semblait exister au Moyen Age. D'autres ont d'ailleurs milité dans des mouvements pro-européens dès les années vingt. Ainsi l'intellectuel et publiciste autrichien Richard Coudenhove-Kalergi, créateur de l'Union paneuropéenne en 1923, a-t-il mobilisé les élites intellectuelles et politiques du continent en faveur de la construction européenne. Se plaçant volontairement au-dessus des clivages partisans, il a présenté dès 1930 un projet de pacte paneuropéen et créé le mouvement Paneuropa qui regroupe aussitôt bon nombre d'hommes politiques conservateurs, libéraux et démocrates-chrétiens de nombreux pays européens. Ce prédécesseur ne manque pas d'inspirer les fédéralistes d'après-guerre.

 Au lendemain de la guerre, les milieux conservateurs se sentent désemparés. Alors que beaucoup de démocrates-chrétiens se sont battus dans la Résistance, certains catholiques se sont par contre montrés parfois extrêmement indulgents envers les régimes fascistes forts en Italie, en Autriche ou en Slovaquie. Certains se sont même fourvoyés dans la collaboration avec l'occupant allemand. D'ailleurs, si les combats de la Résistance ont pu contribuer à faire naître un sentiment puissant de la solidarité européenne et des racines communes chrétiennes de la civilisation occidentale face à la barbarie nazie, ils n'ont pas pour autant systématiquement conduit à envisager la constitution d'une entité politique européenne supranationale pour l'après-guerre.

La stratégie internationale du Vatican à la sortie de la guerre consiste avant tout à défendre systématiquement la civilisation chrétienne occidentale devant la poussée du communisme. L'Église catholique approuve toutefois l'idée fédéraliste européenne à condition qu'elle ne véhicule pas d'idées subversives. Pourtant, en 1948, le Pape Pie XII – Romain pétri de culture allemande - exprime sa crainte d'une décadence morale et spirituelle de l'Europe et manifeste officiellement sa sympathie pour le Mouvement fédéraliste. Mais son soutien à la cause européenne passe aussi par une idéalisation du Moyen Age chrétien, comme en témoigne l'exaltation de saint Benoît qui est élevé au rang de "Pères de l'Europe" en 1947 à l'occasion du quatorzième centenaire de sa naissance. Pie XII envoie également un représentant personnel au Congrès européen de La Haye en mai 1948. Les catholiques soutiennent en effet l'unification européenne pour des raisons économiques, politiques et militaires. Le monde catholique rural et les conservateurs sont pourtant réservés devant l'abandon trop hâtif des prérogatives de souveraineté. La menace croissante de l'expansion du communisme conforte les démocrates-chrétiens dans leur opinion que seule une Europe unie et renforcée dans une entente atlantique est capable de résister aux ambitions soviétiques. Cette aspiration est confirmée par la politique pro-européenne menée par des hommes d'État chrétiens (R. Schuman, K. Adenauer, A. De Gasperi, J. Bech, P. van Zeeland, J. Luns) et qui est d'ailleurs à l'origine de l'expression "d'Europe vaticane" employée par certains de leurs adversaires politiques.

 

L'Europe unie des socialistes

Dès la Libération, les socialistes réactualisent les projets pour une Europe unie que beaucoup d'entre eux ont défendus dans la clandestinité ou même déjà en 1930 dans le sillage d'Aristide Briand et de son fameux plan d'Union fédérale européenne. Dans le contexte de la Guerre froide qui s'intensifie chaque jour un peu plus, la majorité d'entre eux en vient à soutenir activement le Plan Marshall d'assistance à l'Europe occidentale en 1947.   

 Mais les socialistes ne peuvent accepter que l'idée européenne se réduise à la restauration d'un Occident médiéval chrétien. C'est ainsi qu'ils dénoncent le spectre d'une "Europe vaticane", c'est-à-dire d'un complot ourdi par le Saint-Siège avec la complicité des partis démocrates-chrétiens européens en vue de restaurer les fondements d'une Europe chrétienne sur le modèle du Saint-Empire romain-germanique médiéval. Ils sont par contre d'avis que seul le socialisme démocratique offre une alternative au capitalisme débridé et au communisme totalitaire afin de résoudre les immenses difficultés liées à la reconstruction économique, en suivant les principes de justice, de droit, de liberté et de dignité humaine. A leurs yeux, l'Europe unie offre en effet l'avantage de freiner efficacement l'expansion du fascisme et du communisme tout en assurant une paix durable en interposant une troisième force internationale crédible entre les États-Unis et l'URSS. Nombreux sont d'ailleurs ceux qui évoquent à ce propos la figure tutélaire du ministre radical-socialiste français Aristide Briand qui, en mai 1930, avait déjà présenté aux pays membres de la Société des Nations (SDN) un mémorandum sur l'organisation d'un régime d'union fédérale européenne.

 Certains socialistes prônent une Europe unie socialiste qu'ils opposent à une Europe des intérêts du capitalisme privé sous influence américaine. D'autres sont plutôt d'avis qu'il faut travailler ensemble avec les différents courants d'idées fédéralistes et démocratiques, ne fût-ce que pour mieux tenir tête aux communistes qui condamnent la création d'un bloc occidental. L'installation de dictatures communistes en Europe orientale conduit finalement de nombreux socialistes à se distancer des positions doctrinaires et à militer pour une construction européenne ancrée dans l'alliance occidentale, même s'ils restent souvent divisés sur la méthode à suivre et sur le degré de souveraineté qu'ils sont prêts à concéder.

 

Le discours de Zurich

 Après la défaite des conservateurs aux élections anglaises de 1945, Winston Churchill, ancien Premier ministre et héros du conflit qui vient de se terminer, se mue en chantre de la réconciliation franco-allemande. En tant que leader de l'opposition, il fait de l'Europe unie son principal cheval de bataille en politique étrangère. Au cours de ses voyages en Europe et en Amérique, il expose à plusieurs reprises ses vues sur l'avenir de l'Europe. Le 19 septembre 1946, il prononce à l'université de Zurich un discours sur l'unité européenne qui fait sensation. Churchill est en effet le premier, parmi les hommes politiques de premier plan, à prendre parti dans un débat où s'opposent jusqu'alors quelques activistes de manière assez confidentielle. Momentanément dégagé de toute contingence électorale, Churchill destine avant tout son discours aux leaders internationaux. 

 Dans son intervention, Churchill répète des idées connues depuis longtemps mais auxquelles il donne cette fois un impact sans précédent. En prônant le rapprochement franco-allemand et en proposant "une sorte d'États-Unis d'Europe", mais sans y associer la Grande-Bretagne, Churchill dresse le tableau d'une future fédération de l'Europe occidentale non-communiste. Il se déclare ainsi favorable à une troisième voie européenne susceptible de trouver sa place entre les États-Unis et l'Union soviétique. Il prône aussi la création d'un Conseil de l'Europe.

 Le discours prononcé par Winston Churchill à Zurich peut être considéré comme le véritable point de départ du mouvement d'opinion en faveur de l'Europe unie d'après-guerre. Car dans le même temps, diverses associations militantes sont en train de se former en Europe et elles profitent directement de l'écho du discours de Zurich pour sortir de leur isolement médiatique.

 

 

 Les mouvements fédéralistes

 En 1945, lors de la création de l'Organisation des Nations unies (ONU), l'idée d'un fédéralisme mondial se popularise en Amérique et en Europe. Le profond désir de paix unit en effet les peuples et anime certaines élites nationales. Le Mouvement fédéraliste mondial préconise l'établissement d'une citoyenneté universelle et d'une union de toutes les démocraties. Il s'oppose en cela aux fédéralistes européens qui appellent de leurs voeux la création d'une fédération régionale ouest-européenne, sans pour autant rejeter la perspective mondialiste à plus long terme. Pour les adeptes du fédéralisme intégral, une fédération d'États doit également s'accompagner d'une transformation radicale des structures économiques, sociales et culturelles.

 Les fédéralistes veulent mettre en place une structure gouvernée par le "principe de la subsidiarité", dévoluant aux régions et aux institutions fédérales les compétences qui ne peuvent pas être exercées légitimement et plus efficacement au niveau national.

 

L'Union européenne des fédéralistes (UEF)

 L'Union européenne des fédéralistes (UEF) est officiellement créée les 15-16 décembre 1946 au siège parisien du mouvement français "La Fédération". L'UEF coordonne immédiatement l'action d'une cinquantaine de mouvements fédéralistes nationaux déjà organisés : "Europeesche Actie", "Europa Union", "Federal Union", "Movimento federalista europeo",… Parmi les personnalités les plus en vue, figurent notamment Henry Frenay, Eugen Kogon, Henry Brugmans, Alexandre Marc et Altiero Spinelli. L'UEF rassemble rapidement près de 100.000 membres. Mais dès les années 1947-1949, une opposition idéologique grandissante divise le mouvement. Fidèles à la théorie de la société fédérale, les fédéralistes intégraux estiment en effet nécessaire d'accompagner la création d'institutions européennes d'une réforme constitutionnelle allant dans le sens d'une plus grande décentralisation régionale et du corporatisme. En cela, ils s'opposent à ceux qui refusent de voir le mouvement se transformer en parti et cherchent avant tout à modifier l'opinion publique pour exercer une pression efficace sur les parlements et les gouvernements nationaux.

 L'UEF lance aussitôt diverses campagnes populaires en faveur d'une assemblée constituante mandatée pour rédiger un pacte d'union fédérale européenne. Mais l'échec de la Communauté européenne de Défense (CED), en août 1954, attise les clivages doctrinaires au sein du mouvement. Un courant possibiliste souhaite continuer la politique de sensibilisation populaire afin de contraindre les gouvernements à se dessaisir toujours plus de leur souveraineté. Une tendance maximaliste conteste au contraire la légitimité des gouvernements nationaux et leur refuse sa confiance. Mis en minorité, les possibilistes quittent alors le mouvement et fondent l'Action européenne des fédéralistes (AEF) en novembre 1956. L'UEF devient à son tour le Mouvement fédéraliste européen (MFE). Par la suite, les fédéralistes réclament sans cesse l'approfondissement des Communautés européennes. Le développement des thèses gaullistes de coopération intergouvernementale au cours des années soixante conduit à la réunification de l'Union européenne des fédéralistes en décembre 1971.             

 

 Le Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe (MSEUE)

 Le Mouvement pour les États-Unis socialistes d'Europe, présidé par André Philip, est né à Montrouge, près de Paris, en juin 1946 de la volonté de créer une Europe socialiste indépendante des États-Unis et de l'URSS. Il s'efforce de renouer avec l'ancienne tradition internationaliste des partis socialistes et son objectif initial est de parvenir à une planification socialiste d'une Europe unie. Mais après le début de la Guerre froide, cette attitude doctrinaire va peu à peu faire place à une approche plus coopérative qui conduit le mouvement à se consacrer davantage à la construction européenne. Celui-ci change d'ailleurs de dénomination en 1947 pour devenir le "Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe" (MSEUE) qui estime urgent de faire d'abord l'Europe avant de lutter pour qu'elle soit socialiste.

Ses animateurs vantent l'unification européenne mais ils ne peuvent concevoir l'Europe unie sans la présence allemande et sans la participation de la Grande-Bretagne et des pays scandinaves notamment parce qu'ils estiment ces pays davantage imprégnés de l'esprit socialiste que les Six de la "petite Europe". Sur le plan économique, le MSEUE réclame la planification des industries de base en Europe et celle des investissements en vue de permettre aux pays sous-développés d'Europe et d'outre-mer d'accéder au progrès économique.    

 

 

 Les Nouvelles équipes internationales (NEI)

 Les Nouvelles équipes internationales (NEI), officiellement créées en juin 1947 à Chaudfontaine près de Liège, sont ouvertement d'inspiration démocrate-chrétienne. Elles sont marquées par des personnalités de premier plan comme Robert Schuman, Georges Bidault, Alcide De Gasperi ou Konrad Adenauer. Les NEI sont fondées sur l'initiative du républicain-populaire français Robert Bichet rapidement secondé par le Belge Désiré Lamalle et le président du parti social-chrétien belge Auguste de Schryver. Elles sont une association d'individus assez souple et cherchent à constituer une Internationale des partis démocrates-chrétiens. Le mouvement se veut néanmoins accessible aux non-catholiques s'ils acceptent le fil conducteur de la démocratie sociale.

 

A l'origine, les NEI sont avant tout conçues comme un moyen de barrer la route au communisme et comme une réponse au Kominform créé par Staline dès octobre 1947 dans le but d'assurer un contact régulier entre les partis communistes européens. Cependant, la construction européenne apparaît rapidement aux NEI comme la meilleure solution pour défendre les valeurs chrétiennes de l'Europe occidentale face au bloc soviétique dans un contexte de Guerre froide. Les NEI insistent davantage sur l'aspect social que sur l'aspect économique de l'intégration européenne, fidèle en cela à la doctrine sociale chrétienne qui proclame en effet le primat de la personne humaine. Elles mènent une intense propagande auprès du public et notamment auprès des jeunes. En 1965, elles prendront le nom d'Union européenne des démocrates-chrétiens (UEDC).

 

La Ligue européenne de coopération économique (LECE)

La Ligue européenne de coopération économique (LECE) est un groupe d'étude et de pression européen d'inspiration libérale créé en automne 1946 sur l'initiative de l'ancien Premier ministre belge Paul van Zeeland et du Polonais Joseph Retinger. Leur intention est de créer un groupe transnational - baptisé dans un premier temps Ligue indépendante de coopération européenne (LICE) - composé de responsables économiques et politiques européens décidés à défendre les intérêts économiques du continent par l'établissement d'un marché commun européen.

 La Ligue devient rapidement un mouvement d'industriels et de financiers européens sans pour autant se muer en un groupement patronal. Elle s'ouvre d'ailleurs progressivement aux milieux syndicaux. A de nombreuses reprises, elle sert de relais entre les cercles économiques européens et les milieux politiques et de la haute administration. N'étant pas un mouvement de masse, la LECE préfère confier ses dossiers à des experts et les défendre directement auprès des décideurs européens. Dès sa fondation, la LECE formule de nombreux projets qui concernent notamment l'intégration monétaire, l'organisation des transports, l'harmonisation des systèmes de sécurité sociale ou encore l'élaboration d'une politique énergétique européenne.        

 

Les congrès fédéralistes

A la fin des années quarante, les initiatives fédéralistes se multiplient. Plusieurs congrès donnent un nouvel élan aux idées fédéralistes. De nombreux projets sont élaborés, à l'instar de la Constitution européenne imaginée par les fédéralistes Alexandre Marc et Altiero Spinelli. Ils conçoivent une Europe dans laquelle les Etats seraient représentés par un Sénat, tandis que l'Assemblée européenne, élue au suffrage universel, exercerait un pouvoir législatif et contrôlerait le gouvernement européen. La politique économique, la monnaie et la défense figurent dans les domaines de compétence qu'ils proposent de déléguer aux institutions fédérales, tandis que la santé, l'éducation et la culture resteraient aux mains des autorités nationales, voire régionales.

 

Montreux

Les conceptions fédéralistes, qui visent la réduction de la souveraineté des États, sont débattues du 27 au 31 août 1947 à l'occasion du premier congrès de l'Union européenne des fédéralistes (UEF) qui a lieu à Montreux (Suisse). La participation de personnalités importantes et de nombreuses délégations montre l'intérêt porté aux idées des fédéralistes. Seize pays sont représentés à Montreux ainsi qu'une quarantaine de groupements militants. Le congrès de Montreux favorise également la réaffirmation du principe de fédéralisme régional face aux thèses mondialistes alors très en vogue. La motion de politique générale du congrès revendique la constitution d'un gouvernement fédéral européen. Les participants appellent aussi de leurs vœux la tenue d'une grande manifestation réunissant les forces vives de l'Europe. Ce sera, moins d'un an plus tard, le congrès de La Haye. 

 

Gstaad

 La volonté de transposer les conceptions fédéralistes dans la réalité incite certains députés à créer des groupes pro-européens au sein des Parlements nationaux. Ainsi, en février 1947, des députés britanniques créent le Federalist Group of the House of Commons. Trois mois plus tard, Winston Churchill prend la tête du United Europe Movement qui regroupe des responsables politiques et des hommes d'affaires anglais qui prônent une confédération européenne assez souple sur le modèle du Commonwealth britannique. Le 19 juin 1947, les députés français, sur l'initiative de l'Union européenne des fédéralistes (UEF), créent à leur tour le Groupe parlementaire fédéraliste français. La Grèce, l'Italie, le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas emboîtent le pas.

 En juillet 1947, une première conférence réunit à Gstaad, en Suisse, ces groupes parlementaires pro-européens sous la dénomination d'Union parlementaire européenne (UPE). Cette manifestation fait suite à une initiative du comte Richard Coudenhove-Kalergi, fondateur et animateur charismatique de l'Union paneuropéenne dans la période de l'entre-deux-guerres. Dès octobre 1946, il a adressé à plus de quatre mille parlementaires d'Europe occidentale un questionnaire relatif à l'établissement d'une fédération européenne dans le cadre des Nations unies. Il récolte de nombreuses réponses positives, ce qui le conduit à envisager rapidement la constitution dans chaque Chambre d'un comité parlementaire inter-partis chargé de désigner un Congrès européen qui puisse préfigurer un véritable Conseil de l'Europe que Coudenhove réclame d'ailleurs depuis près de trente ans.

 Du 8 au 10 septembre 1947, Richard Coudenhove-Kalergi organise de nouveau à Gstaad le premier congrès de l'UPE. Cent-quatorze députés et sénateurs européens venus de dix pays débattent des moyens les plus efficaces pour promouvoir le fédéralisme européen. Ils décident d'agir par le biais de groupes parlementaires fédéralistes et d'élaborer un projet de Constitution européenne à caractère fédéral ou confédéral comprenant un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, avec une monnaie européenne commune.

 

La Haye

 Du 7 au 10 mai 1948, se tient à La Haye un grand Congrès international de l'Europe sous la présidence d'honneur de Winston Churchill. Le "Comité international de coordination des mouvements pour l'unité européenne" y réunit près de 800 personnalités en provenance de la plupart des pays d'Europe occidentale : hommes politiques (parlementaires et ministres), dirigeants patronaux et syndicaux, journalistes, intellectuels, etc. Dix-sept pays sont représentés et des observateurs d'Europe de l'Est et des États-Unis sont également dans l'assistance. Les plus importantes délégations viennent de France, de Grande-Bretagne, de Belgique, des Pays-Bas, d'Italie et d'Allemagne.   

Les séances plénières de ces "États généraux" européens sont notamment présidées par Anthony Eden et Paul van Zeeland. Les travaux se répartissent en trois commissions : économique et sociale, politique et culturelle. Au cours des débats, deux tendances idéologiques ne manquent pas de s'opposer : les Français, les Belges, les Italiens, les Néerlandais ainsi que la majorité des syndicalistes se montrent favorables aux thèses fédéralistes alors que les Britanniques et les Scandinaves se réclament unionistes et favorables à un rapprochement européen opéré par les gouvernements et les parlements.

 La commission économique et sociale plaide pour une élimination progressive des restrictions quantitatives à l'échange des marchandises, une convertibilité des monnaies, la programmation des ressources, la mobilité de la main-d'œuvre, la coordination des politiques économiques et la promotion du plein emploi. La commission politique discute longuement de la mise sur pied d'une Assemblée européenne élue au suffrage universel. Elle invite les États européens à mettre en commun une partie de leurs droits souverains et de leurs ressources et plaide pour une Europe unie ouverte à l'Allemagne. La commission culturelle réclame l'adoption d'une Charte des droits fondamentaux et d'une Cour suprême, la création d'un centre européen de l'enfance, de la jeunesse et de la culture. Plusieurs vœux exprimés par le Congrès de La Haye sont concrétisés dès les mois suivants : Centre européen de la Culture (CEC), Collège d'Europe, Assemblée du Conseil de l'Europe, Convention européenne des Droits de l'Homme, Conseil européen de recherche nucléaire (CERN).    

 

Le Mouvement européen

Compte tenu du succès rencontré par le Congrès de La Haye, le Comité international de coordination des mouvements européens qui l'avait organisé décide de pousser l'expérience plus loin et se transforme en octobre 1948 en Mouvement européen (ME).  Il vise à coordonner l'action des différentes organisations internationales déjà constituées et à les représenter auprès des gouvernements. Le ME est un organisme privé qui se constitue en vingt-six conseils nationaux, dont onze comités nationaux d'exilés d'Europe centrale et d'Espagne. Tous sont chapeautés par un conseil, un bureau exécutif et un secrétariat internationaux. Le ME se propose d'étudier les problèmes politiques, économiques, techniques et culturels posés par l'union de l'Europe mais aussi d'informer et de mobiliser l'opinion publique en faveur de la construction européenne. Ses premiers présidents d'honneur sont Léon Blum, Winston Churchill, Alcide De Gasperi, Paul-Henri Spaak, Robert Schuman, Richard Coudenhove-Kalergi et Konrad Adenauer.

Les six mouvements fondateurs sont la Ligue européenne de coopération économique (LECE), le Mouvement libéral pour l'Europe unie (MLEU), le Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe (MSEUE), les Nouvelles équipes internationales (NEI), l'Union européenne des fédéralistes (UEF) et le Centre d'action fédéraliste (CAF). Viendront notamment s'y ajouter plus tard l'Union parlementaire européenne (UPE), l'Association européenne des enseignants (AEDE), l'Union européenne démocrate-chrétienne (UEDC), le Conseil des communes et régions d'Europe (CCRE), l'Association des journalistes européens (AJE) ou encore la Fédération internationale des Maisons de l'Europe (FIME).

 Très actif sur le plan doctrinal, le Mouvement européen organise de nombreuses manifestations thématiques. En février 1949, le Congrès politique de Bruxelles définit les droits individuels, familiaux et sociaux susceptibles d'être juridiquement garantis par une Charte européenne des Droits de l'Homme. Il examine également les procédures de désignation des délégués à l'Assemblée consultative européenne et adopte le statut d'une Cour européenne. Deux mois plus tard, la Conférence économique de Westminster discute des questions monétaires et fixe les bases d'une future Union européenne des paiements. Favorables à la mise en pools des industries de base, les congressistes évoquent aussi la mise sur pied d'un Comité économique et social européen. En novembre 1949, la conférence européenne de la Culture de Lausanne donne naissance au Centre européen de la Culture et au Collège d'Europe de Bruges. En juillet 1950, la conférence sociale de Rome élabore un projet relatif à l'harmonisation des systèmes sociaux européens et suggère la création d'un commissariat européen à la main-d'œuvre et à la population ainsi qu'un fonds européen pour la reconstruction et le développement. D'autres conférences internationales suivent qui examinent successivement l'intégration de l'Allemagne dans l'Europe unie, les relations entre l'Europe en construction et le Commonwealth ou la situation des pays d'Europe centrale et orientale. Le ME mène une intense propagande, notamment à travers la Campagne européenne de la jeunesse.            

 La coopération politique

 Au congrès de La Haye de mai 1948, les fédéralistes revendiquent la mise en place rapide d'une structure de coopération politique. Les États-Unis, qui soutiennent déjà financièrement l'Europe libre, favorisent eux aussi la création d'une telle coopération politique entre les États démocratiques d'Europe occidentale qui pourrait inclure la future République fédérale d'Allemagne (RFA). En août 1948, Paul Ramadier, mandaté par le Comité international de coordination des mouvements européens, remet aux gouvernements des seize États membres de la toute jeune Organisation européenne de coopération économique (OECE) un projet d'Assemblée européenne comme clé de voûte d'une future union européenne.

 La France et les pays du Benelux proposent de créer une assemblée indépendante et envisagent le transfert d'une partie de la souveraineté nationale à un organe de décision. Ils cherchent en effet à donner des gages aux courants d'opinion pro-européens mais aussi à donner suite aux sollicitations américaines pour résoudre la question allemande. De son côté, Guy Mollet n'hésite pas à évoquer un Parlement fédéral européen. La Grande-Bretagne et les pays scandinaves préfèrent par contre l'idée d'une stricte coopération intergouvernementale. L'Union parlementaire européenne et le Mouvement européen font également connaître leurs points de vue. Un compromis est finalement trouvé entre les intérêts britanniques et continentaux : les gouvernements des États européens s'accordent à nommer un organisme composé d'une Assemblée consultative et d'un Comité des ministres qui décide à l'unanimité et détient le dernier mot. Le 5 mai 1949, dix États signent à Londres le statut du Conseil de l'Europe : Belgique, Danemark, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède. Il s'agit de la première assemblée parlementaire internationale de l'histoire. Les premiers représentants sont désignés par leur parlement respectif ou par leur gouvernement. Le Conseil a son siège permanent à Strasbourg, ville longtemps disputée entre l'Allemagne et la France.

  

Les membres du Conseil de l'Europe

 En 1949, la Guerre froide bat son plein. Le déclenchement du blocus de Berlin, en juin 1948, et la création de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), le 4 avril 1949, en sont les signes les plus tangibles.  

La Scandinavie, géographiquement proche de l'URSS, se sent tiraillée entre les deux camps. Alors que la Norvège, le Danemark et la Suède tentent de s'associer pour créer une union de défense nordique et adhèrent au Conseil de l'Europe et à l'Organisation européenne de coopération économique (OECE), la Finlande s'y refuse car elle est liée par un traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle à son plus proche voisin, l'URSS, qu'elle craint de mécontenter. Il lui est donc impossible de rejoindre le Conseil de l'Europe malgré le caractère démocratique des institutions finlandaises.

 En 1952, le Danemark, l'Islande, la Norvège et la Suède poursuivent leur intégration régionale en créant le Conseil nordique, organe consultatif des parlements et des gouvernements scandinaves dans le domaine de la coopération culturelle, juridique et économique. Le Conseil nordique mène notamment des négociations en vue de la création d'une union douanière et d'un marché commun scandinaves. La Finlande en devient membre en 1955. Ces pays disposent, depuis 1953, d'un marché commun pour la main-d'oeuvre, et, depuis 1955, d'une législation sociale commune.    

Les dix États fondateurs du Conseil de l'Europe, dont le Statut est signé à Londres le 5 mai 1949, sont la Grande-Bretagne, la France, les trois pays du Benelux, l'Irlande, l'Italie, la Norvège, la Suède et le Danemark. La Grèce, la Turquie et l'Islande participent aux travaux de l'Assemblée dès le 8 août 1949 lors de l'ouverture de la première session du Comité des ministres. La République fédérale d'Allemagne (RFA) et le territoire de la Sarre adhèrent comme États associés le 8 août 1950. L'Allemagne de l'Ouest, une fois son gouvernement constitué, devient membre à part entière du Conseil de l'Europe le 2 mai 1951. D'autres pays suivront plus tard : l'Autriche en 1956, Chypre en 1961, la Suisse en 1963, Malte en 1965, le Portugal en 1976, l'Espagne en 1977, ... La plupart des pays d'Europe centrale et orientale (PECO) adhèreront au cours des années 1990. En principe, tous les États européens sont les bienvenus - ce qui ne manque pas de soulever la question des frontières de l'Europe - à condition toutefois de s'engager à respecter les droits de l'homme et l'État de droit.

 

L'action du Conseil de l'Europe 

Le Conseil de l'Europe se propose de réaliser une union plus étroite entre les États membres, de préserver les idéaux et les principes démocratiques qui sont leur patrimoine commun et de favoriser le progrès économique et social. Il n'est en revanche pas compétent pour les questions de défense, même si en 1951, peu après le déclenchement de la guerre de Corée, l'Assemblée s'empare des questions liées à la sécurité. La Cour européenne des Droits de l'homme permet au Conseil de l'Europe de faire respecter les droits fondamentaux par les administrations et par les tribunaux des pays membres. Pour Robert Schuman, qui a dû faire de larges concessions aux négociateurs britanniques, le Conseil de l'Europe se profile avant tout comme un laboratoire d'idées. Paul-Henri Spaak est le premier président de l'Assemblée dont sont également membres les plus grands ténors politiques d'Europe occidentale. L'institution nourrit d'immenses espoirs. En 1951, elle sert d'ailleurs de modèle pour l'Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Les différentes conceptions de l'Europe unie y sont discutées très librement car les députés ne sont pas liés par des contingences électorales nationales ou par des consignes de vote partisanes. Le Conseil de l'Europe se définit comme une enceinte de dialogue, de coopération et d'élaboration de textes-cadres dans des matières liées à l'identité européenne.   

L'Assemblée du Conseil de l'Europe ne tarde pas à lancer divers plans en faveur de l'unification européenne. Y sont notamment discutés des projets de pools européens des transports, de la santé publique ou de la production agricole ainsi qu'un projet de marché commun européen et un programme de coopération économique entre les pays membres et leurs territoires d'outre-mer. L'Assemblée avance également des propositions favorables à une autorité politique fédérale. Mais aucune de ces recommandations n'aboutit car l'Assemblée ne parvient pas à mobiliser une majorité de ses membres sur des textes audacieux qui ont, de toute manière, peu de chances de passer la rampe du Comité des ministres.    

Le Conseil de l'Europe joue néanmoins un rôle significatif en faveur de la coopération culturelle, sociale et scientifique. Il élabore en effet des conventions internationales dans des domaines aussi variés que la coopération universitaire et l'équivalence des études et des diplômes, l'étude des langues, la protection et la mise en valeur du patrimoine artistique et archéologique, la traduction et la diffusion d'œuvres littéraires européennes,  l'harmonisation des systèmes de sécurité sociale, la lutte contre le chômage, l'uniformisation des passeports, … Par ailleurs, le Conseil de l'Europe œuvre activement en faveur de la protection des droits de l'homme. Répondant positivement aux sollicitations du Mouvement européen, il institue, en novembre 1950, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui constitue le premier dispositif international de protection des droits de l'homme. La Convention dresse un catalogue des droits civils et politiques des citoyens à garantir. L'accord fixe une commission européenne des droits de l'homme qui vérifie les recours introduits par les États contractants ou les personnes physiques et morales qui sont soumis à la Cour européenne des droits de l'homme. Les arrêts de la Cour sont obligatoires et ne peuvent faire l'objet d'aucune procédure d'appel.     

Le projet de Communauté politique européenne (CPE), élaboré entre septembre 1952 et mars 1953 par le Comité ad hoc désigné au sein de l'Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), pose clairement la question de l'avenir du Conseil de l'Europe dont les fédéralistes déplorent précisément le manque de pouvoirs politiques. La Grande-Bretagne, bien décidée à ne pas se laisser entraîner par les Six sur la voie d'une Europe de type fédéral tout en cherchant à se ménager la possibilité d'influencer, plus ou moins directement, le cours des événements saisit alors l'occasion pour présenter à ses partenaires européens un train de réformes institutionnelles visant à associer le Conseil de l'Europe au Plan Schuman et au projet d'armée européenne. Mais la réaction des autorités britanniques a aussi pour objectif de contrecarrer les initiatives prises en 1950 et en 1951 par l'Assemblée consultative de Strasbourg pour réformer le Statut du Conseil de l'Europe dans le sens d'une véritable Autorité politique européenne. Ainsi le 23 décembre 1950 l'Assemblée adopte-t-elle un Protocole qui prévoit la transformation du Conseil de l'Europe en un Législatif et un Exécutif européens. Un an plus tard, le 11 décembre 1951, l'Assemblée consultative adopte à l'unanimité un nouveau projet de Statut qui prévoit notamment l'intégration de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) et des organismes culturels et sociaux du Pacte de Bruxelles dans le Conseil de l'Europe. Trop ambitieux, ces projets sont refusés par le Comité des ministres.

La riposte britannique ne se fait pas attendre. Le 19 mars 1952, Anthony Eden, secrétaire au Foreign Office, soumet à ses homologues du Comité des ministres du Conseil de l'Europe un plan préconisant l'octroi d'une autorité politique du Conseil de l'Europe sur la CECA et sur la Communauté européenne de défense (CED) négociée par les Six. Opposé à la multiplication d'organismes européens, le gouvernement britannique explique vouloir faire du Conseil de l'Europe une institution dynamique et une structure à l'intérieur de laquelle pourraient s'insérer les institutions communautaires présentes et à venir. Pour Eden, ce système original à "double lien" ou à "double plan" doit permettre au Conseil de l'Europe de demeurer un organe de coopération intergouvernementale pour les États qui ne sont pas membres du Plan Schuman tout en permettant aux Six de poursuivre leurs efforts d'intégration sans devoir pour autant créer de nouvelles institutions supranationales. De nouveau précisé dans un aide-mémoire complémentaire remis le 28 avril 1952 aux délégués des ministres des quinze États membres du Conseil de l'Europe, le Plan Eden n'entraîne cependant que l'application de certaines mesures concrètes et logistiques.       

 

La coopération économique

 Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, différentes initiatives diplomatiques sont prises pour tenter de reconstruire l'économie des pays européens dévastés par cinq années de conflit. Au-delà des besoins d'urgence pour des produits de première nécessité tels que le charbon et l'acier, il s'agit aussi de relancer l'activité économique, de favoriser la reprise des échanges commerciaux et la modernisation des structures de production, que se soit par la voie d'accords monétaires ou par l'adoption, au niveau régional, de mesures de désarmement douanier.    

 

 

Le Benelux

Parmi les organisations de coopération économique qui ont vu le jour dans l'après-guerre, le Benelux fait figure d'exemple et de laboratoire. La convention douanière néerlando-belgo-luxembourgeoise, à caractère transitoire, est signée le 5 septembre 1944 par les trois gouvernements exilés à Londres. Elle fait suite à l'accord monétaire Benelux du 21 octobre 1943 qui fixe un taux de change entre le franc belgo-luxembourgeois et le florin néerlandais. La convention douanière instaure une communauté tarifaire entre les trois pays et prévoit la création ultérieure d'une union économique favorisant les économies d'échelle. Le texte fixe un tarif douanier extérieur commun, supprime les droits de douane dans le commerce intraBenelux mais maintient les autres barrières protectionnistes (contingentements, taxes,…). La réalisation de l'union économique est prévue en trois étapes que sont successivement l'unification des droits de douane, l'unification des droits d'accise, de la taxe de transmission et de la législation douanière et, à plus longue échéance, une union économique. Pour ce faire, la convention Benelux prévoit la constitution d'un Conseil administratif des douanes, d'un Conseil des accords commerciaux et d'un Conseil de l'Union économique. Par cet accord, les trois pays ne cherchent pas tant à amorcer une intégration économique totale qu'à renforcer leur position de petits États menacés sur la scène internationale, notamment au moment où se négocient les accords monétaires multilatéraux de Bretton Woods.

 Le 1er janvier 1948, l'Union douanière Benelux entre en vigueur. Dans le contexte économique très difficile de l'après-guerre, les conventions Benelux offrent aux trois pays des possibilités d'échanges économiques globalement sans entraves. Mais la mise en application de ces conventions ne va cependant pas sans mal. Les difficultés découlent notamment des divergences de vues entre les trois gouvernements en ce qui concerne la coopération européenne, l'attitude vis-à-vis de l'Allemagne et l'utilisation des aides du Plan Marshall. Des négociations délicates entre les trois partenaires montrent par ailleurs les difficultés de la réalisation d'une union économique entre des États ayant, au sortir de la guerre, des structures économiques et des intérêts nationaux différents.  

En octobre 1949, les trois pays adoptent un traité de pré-union Benelux qui conserve néanmoins de nombreuses clauses de sauvegarde tout en permettant l'élimination progressive des restrictions quantitatives. En juillet 1953, ils conviennent d'un protocole sur la coordination des politiques économiques et sociales. Quelques mois plus tard, un second protocole relatif à une politique commerciale commune favorise une politique d'importation et d'exportation commune à l'égard des pays tiers. Le Benelux apparaît alors comme une entité au sein de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE). Petit à petit, les trois partenaires apprennent également à parler d'une seule voix et à adopter une position commune sur des dossiers de politique internationale. Le 3 février 1958, ils signent à Bruxelles le Traité instituant l'Union économique Benelux en vertu duquel ils déclarent vouloir réaliser la libre circulation des personnes, des marchandises, des capitaux et des services et poursuivre une politique coordonnée dans les secteurs économique, financier et social. Le traité d'Union Benelux entre en vigueur en 1960.

 

Le Conseil tripartite de coopération économique

En février 1944, répondant aux sollicitations répétées de la France en vue de constituer une union douanière bilatérale, la Belgique propose à la France d'associer les Pays-Bas aux pourparlers en cours pour former un conseil commun de coopération économique pour la restauration et la reconstruction. Soucieuses de faire contrepoids à la France, les autorités belges tiennent en effet à imposer la participation des Pays-Bas, avec lesquels ils s'apprêtent d'ailleurs à signer, en septembre 1944, une convention douanière Benelux qui fait suite à l'accord monétaire du même nom du 21 octobre 1943. De leur côté, malgré tous leurs efforts, les Néerlandais ne parviennent pas à faire accepter par la France la participation de la Grande-Bretagne qu'ils considèrent traditionnellement comme le meilleur garant de leurs intérêts. Le 2 janvier 1945, l'Union économique belgo-luxembourgeoise et les Pays-Bas soumettent à la France un nouveau document qui prévoit notamment des procédures de concertation avant toute modification des tarifs douaniers, pour la coordination des ressources en matière d'équipements industriels ou pour l'approvisionnement en vivres. Parallèlement à ces négociations, la Belgique et la France concluent, le 24 février 1945, des accords économiques limités portant sur la reprise des échanges commerciaux, sur l'échange de renseignements fiscaux au sujet des avoirs détenus sur l'un des territoires par des personnes résidant dans l'autre pays ainsi que sur des facilités de paiement entre les deux Banques nationales.    

 Le 20 mars 1945, soit deux mois avant la libération complète des Pays-Bas, est finalement signé à Paris l'Accord économique de consultation mutuelle. Il crée un Conseil mixte de coopération économique, ou Conseil tripartite de coopération économique (CTCE), chargé d'examiner la possibilité de coordonner les droits de douane, les mesures de contingentement, le contrôle des prix, la sécurité sociale ou encore les mesures de lutte contre le chômage. Des comités spécialisés, pour le charbon, l'acier, l'industrie, le textile, l'agriculture ou les transports maritimes, sont mis en place pour mener des études et examiner la situation de la production en Allemagne occupée. Le Conseil favorise ainsi la livraison de matières premières et met à la disposition de ses membres divers brevets industriels et scientifiques allemands placés sous séquestre. En revanche, la France se heurte aux réticences de ses partenaires en ce qui concerne ses projets de démantèlement économique et territorial de l'Allemagne vaincue.

 Le 15 août 1947, profitant du Plan Marshall et des pressions américaines en faveur d'une plus grande coopération économique en Europe, la France informe ses partenaires du Conseil tripartite de sa volonté d'établir une union douanière avec les gouvernements intéressés. Mais les États du Benelux, qui ne veulent pas donner aux Britanniques l'impression de ne suivre que la ligne politique française, ne donnent aucune suite concrète à cet appel du pied. Ce qui pousse la France, déjà peu satisfaite des résultats engrangés par le Conseil tripartite, à signer son acte de mort définitif en annonçant, le 7 octobre 1948, sa décision de ne plus participer aux réunions du Conseil de coopération économique franco-belgo-néerlando-luxembourgeois, lui préférant désormais les forums élargis créés notamment dans le cadre du Plan Marshall.                               

 

Les projets d'union douanière

 Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale apparaissent plusieurs projets d'unions douanières régionales en Europe occidentale. Ainsi en 1947, le Danemark, la Suède, la Norvège et l'Islande, conscients de l'étroitesse de leur marché domestique, envisagent-ils la mise en place d'une union douanière scandinave. En 1949, le Danemark, la Norvège, la Suède et la Grande-Bretagne entament aussi des négociations en vue de réaliser une union économique régionale baptisée Uniscan. Au même moment, la France et l'Italie négocient un traité d'union tarifaire qui n'est pas ratifié. En janvier 1948, la France, pressée par les États-Unis de faire aboutir l'unification européenne, propose à l'Italie et aux pays du Benelux de constituer une union douanière. Ce projet d'association économique (libération des changes et des échanges) est appelé Fritalux avant d'être rebaptisé Finebel (France-Italie-Nederland-Belgique-Luxembourg). En septembre 1947, un projet d'union douanière gréco-turque est également rendu public. Mais tous ces projets en restent au stade exploratoire et apparaissent trop limités au regard de la libéralisation généralisée des échanges prônée au sein de l'OECE et du projet d'Union européenne des paiements (UEP) que soutiennent activement les États-Unis.

 

L'Union européenne des paiements

 Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, des accords bilatéraux de paiements sont conclus entre certains pays européens afin de relancer les échanges commerciaux internationaux. Mais ces premiers accords reposent sur un contrôle des changes, ce qui induit que les paiements autorisés doivent s'effectuer selon des cours fixes qui correspondent à la valeur officielle des monnaies. De même, les échanges et les paiements doivent obligatoirement s'équilibrer dans les limites de crédit fixées par ces accords. D'où la décision prise en juillet 1950 par l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) de remplacer ces accords de paiements bilatéraux par un système multilatéral susceptible de dynamiser l'économie européenne.      

 Créée le 19 septembre 1950 par les dix-huit pays membres de l'OECE avec effet rétroactif au 1er juillet 1950, l'Union européenne des paiements (UEP) rend, précisément, les monnaies européennes interchangeables sur la base de taux estimés conformes aux réalités économiques nationales. Des restrictions de change sont en revanche maintenues à l'égard de la zone dollar. Elle joue dès lors un rôle de clearing international permettant de compenser et d'équilibrer les comptes de chaque pays européens avec ses voisins. En pratique, chaque pays membre de l'UEP fixe une parité entre sa monnaie et l'unité de compte (fixée en grammes d'or fin sur la base de la valeur du dollar en or) ainsi qu'un taux de change unique. A la fin de chaque mois, les règlements des échanges s'effectuent en partie en or et en partie par l'octroi de crédits à l'UEP. Souscrit par les États-Unis, le capital initial de l'UEP lui permet de régler, et donc de couvrir, les créanciers aussitôt que les débiteurs effectuent leurs versements. Par ce système, les banques centrales nationales mettent aussi leur monnaie à la disposition de leurs partenaires tandis que c'est la Banque des règlements internationaux (BRI) de Bâle qui assure l'exécution technique des opérations de compensation. Tous les mois, l'UEP établit un solde net, actif ou passif, de chaque pays membre vis-à-vis de l'ensemble des autres pays de l'Union. Un quota est fixé par État membre qui représente la somme maximale que peut atteindre sa balance des comptes. Des ajustements, partiellement calculés en or, sont alors pratiqués en fonction du débit et du crédit mensuel du pays considéré. Ayant fait preuve de son efficacité, le mécanisme de change de l'UEP est progressivement assoupli via l'introduction d'une procédure d'arbitrage bancaire, d'une plus grande flexibilité du régime des paiements intra-européens et de leur décentralisation au profit des marchés.  

L'UEP assure à l'Europe d'après-guerre une stabilité complète des changes et favorise la libération des échanges commerciaux entre ses États membres. Mais victime de crises successives dues à l'opposition qu'entraîne notamment l'évolution des prix et l'interchangeabilité des monnaies européennes au niveau des banques d'émission alors qu'elle ne l'est pas au niveau des particuliers, l'Union européenne des paiements, qui a favorisé le retour à la convertibilité monétaire en Europe mais dont certains craignent qu'elle n'entre en concurrence avec le Fonds monétaire international (FMI), est définitivement dissoute le 27 décembre 1958. Elle est remplacée, le jour même, par l'Accord monétaire européen (AME) qui postule le retour collectif à la convertibilité monétaire en Europe. 

 Signé, le 5 août 1955, par les dix-sept États membres de l'UEP, l'AME met en place un Fonds européen de réserve pour les pays dont la balance des paiements serait déficitaire ainsi qu'un système multilatéral de règlements et de compensation sur la base de cours de change aussi stables que possible. La BRI assure l'exécution des opérations financières résultant de l'Accord. En revanche, contrairement à l'UEP, le système multilatéral de règlements et l'octroi de prêts de l'AME ne revêtent aucun caractère d'obligation ni d'automaticité.

 

 

Le Comité européen du charbon

A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe est confrontée à une très grave pénurie de charbon. En effet, après avoir été la cible de destructions massives pour des raisons militaires et stratégiques, les industries charbonnières du continent sont totalement désorganisées et les approvisionnements traditionnels sont rompus. Les rendements sont bien inférieurs à ceux de l'entre-deux-guerres. Placée sous contrôle allié, l'Allemagne n'a plus les moyens de contrôler sa production et ses exportations. Dès 1945, la pénurie, les conditions de travail dans les mines et les conditions de vie difficiles provoquent de fortes tensions sociales. De nombreux bassins industriels doivent faire face à des mouvements de grève qui freinent d'autant plus les rendements. D'autre part, la mauvaise situation des transports routiers, ferroviaires et fluviaux ne facilite pas les échanges internationaux.

 Bien décidés à rendre au secteur houiller son rôle de moteur de l'activité énergétique et économique européenne, les États-Unis et la Grande-Bretagne décident de créer un organisme d'urgence permettant aux pays exportateurs et aux pays importateurs de charbon de se rencontrer et de programmer leurs livraisons. Conçu comme un organisme international jouissant d'une autonomie financière, le Comité européen du charbon (ECO pour European Coal Organisation) tient sa première réunion le 18 mai 1945 même si elle n'obtient son statut officiel qu'à dater du 1er janvier 1946. L'ECO s'inspire directement de l'expérience de la Solid Fuels Section, corps militaire allié chargé en 1944-1945 de la distribution de charbon aux forces alliées en Europe. Outre les États-Unis et la Grande-Bretagne, ses membres sont : la Belgique, le Danemark, la France, la Grèce, le Luxembourg, la Norvège et les Pays-Bas qui sont ensuite rejoints par l'Autriche, la Pologne, la Turquie, la Tchécoslovaquie, l'Italie et l'Irlande ainsi que par la Finlande, le Portugal, la Suède et la Suisse en tant que pays neutres et associés. L'Allemagne est quant à elle représentée par un office militaire anglo-américain. Formellement invitée à intégrer l'ECO, l'Union soviétique décline finalement l'offre américaine en raison de divergences de vues au sujet de la politique des réparations à appliquer à l'Allemagne vaincue.  

 L'ECO, dont le siège est à Londres et dont les moyens logistiques sont assurés par la Grande-Bretagne, adresse des recommandations aux gouvernements des pays producteurs de charbon afin d'en assurer une distribution efficace et équitable. La livraison de charbon, dont la majeure partie est livrée par les États-Unis, doit couvrir à la fois les besoins militaires et les besoins civils et commerciaux indispensables à la relance de l'activité économique en Europe. Confrontée aux problèmes monétaires et au manque de devises internationales, l'ECO favorise également l'échange de coke contre des biens matériels et alimentaires de première nécessité. Initiallement prévue pour une période d'un an, l'ECO cesse définitivement ses activités le 31 décembre 1947 après avoir passé le relais au Comité du charbon de la Commission économique pour l'Europe (CEE) créée en 1947 à Genève par les Nations unies.      

 La Commission économique pour l'Europe

Le 11 décembre 1946, l'Assemblé générale des Nations unies adopte une résolution de principe favorable à la création d'une Commission économique pour venir en aide aux pays européens dévastés par la guerre. Le 28 mars 1947, le Conseil économique et social de l'Organisation des Nations unies (Ecosoc) établit la Commission économique pour l'Europe (CEE ou ECE pour Economic Commission for Europe).

La ECE, placée sous la direction exécutive de l'économiste suédois Karl Gunnar Myrdal, est un organisme subsidiaire et une des commissions économiques régionales de l'Organisation des Nations unies (ONU). Elle est la seule organisation européenne d'après-guerre au sein de laquelle siègent, outre les États-Unis d'Amérique en leur qualité de bailleur de fonds et le Canada, tous les pays géographiquement situés sur le continent européen. Mais, dans la pratique, presque tous les pays d'Europe de l'Est désertent rapidement les travaux des divers comités techniques mis en place par la ECE. Dès lors, seuls le secrétariat permanent et les sessions plénières annuelles de la Commission, auxquelles tous les pays membres se font à tout le moins représenter, assurent un lien minimal entre les parties occidentales et orientales de l'Europe. La Commission, qui ne peut prendre aucune mesure à l'égard d'un pays membre sans l'accord des autorités nationales, se compose de représentants des dix-sept pays européens membres de l'ONU (Belgique, Biélorussie, Danemark, France, Grèce, Islande, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni, Suède, Tchécoslovaquie, Turquie, Ukraine, URSS et Yougoslavie) ainsi que des États-Unis. Du 2 au 14 mai 1947, l'ECE tient sa première session à Genève, siège de l'Office européen des Nations unies. Elle prend, de facto, la succession du Comité économique de secours européen, de la Commission européenne du charbon et de l'Office central des transports intérieurs européens créés dans l'urgence dès la fin de la guerre.    

La Commission économique pour l'Europe, qui crée divers comités spécialisés, mène des études, élabore des statistiques, offre une expertise et adresse des recommandations à ses États membres. Elle facilite la solution de problèmes économiques liés à la reconstruction des pays détruits ou affaiblis par la guerre, notamment en ce qui concerne l'approvisionnement en charbon, en bois de mine, en énergie électrique ou en pétrole. Elle favorise les échanges commerciaux et l'amélioration des problèmes de transport intraeuropéens. L'ECE soutient également l'adoption de conventions ou d'accords relatifs à la circulation et à la signalisation routières, aux formalités douanières, à l'arbitrage commercial ou à l'urbanisme. Initialement prévue à titre expérimental, la ECE devient, en 1951, un organe permanent des Nations unies.   

 

La coopération militaire

 L'établissement de régimes communistes en Europe centrale et orientale, ainsi que la présence massive de troupes soviétiques dans ces pays, nourrit un sentiment de peur en Europe occidentale. Les gouvernements français et anglais réagissent, bientôt rejoints par ceux du Benelux. Le 17 mars 1948, le Pacte de Bruxelles instituant l'Union occidentale est conclu. Cette alliance marque le début de la coopération militaire européenne. La création de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), le 4 avril 1949, concrétise la recherche d'une meilleure coopération militaire entre les Européens et les Américains.

 

L'Union occidentale

 Le 4 mars 1947, la France et la Grande-Bretagne signent à Dunkerque un pacte d'assistance mutuelle. Dans le climat ambiant d'après-guerre, ce traité d'amitié et de coopération est ouvertement dirigé contre l'Allemagne vaincue en cas de nouvelle politique agressive de sa part. Le gouvernement français tient en effet à se prémunir contre ce qu'il perçoit encore comme une menace latente au-delà du Rhin.

 Mais dans les mois qui suivent, les tensions ne cessent d'augmenter entre les blocs occidental et soviétique. Dès octobre, le Kominform nouvellement créé se fait fort de critiquer avec virulence le Plan Marshall d'aide de relèvement européen que les États-Unis ont rendu public en juin 1947. Ils condamnent ce qu'ils considèrent être un asservissement de l'Europe par l'Amérique. L'URSS et ses pays satellites refusent d'ailleurs l'aide Marshall. Les pays d’Europe occidentale, qui veulent avant tout barrer la route à l'expansion communiste, tentent alors de convaincre Washington d'accorder une aide financière et matérielle intérimaire aux démocraties occidentales très affaiblies par les cinq années de guerre.

 Le 22 janvier 1948, Ernest Bevin, ministre britannique des Affaires étrangères, prononce à la Chambre des Communes un discours dans lequel il met en cause la menace soviétique et affirme sa volonté de développer la coopération de la Grande-Bretagne avec la France et les pays du Benelux dans le cadre d'une Union occidentale qui élargirait le Traité de Dunkerque. Quelques jours plus tard, le coup d'État de Prague du 25 février 1948, par lequel les communistes prennent avec force le pouvoir en Tchécoslovaquie, donne encore plus d'acuité aux tensions internationales et aux dangers que fait régner la Guerre froide. Les États-Unis font aussitôt connaître leurs préférences pour un pacte régional dépassant les seules questions militaires. Des pourparlers sont immédiatement engagés au cours desquels le gouvernement britannique présente à la France et aux pays du Benelux un projet d'alliance de défense mutuelle en cas d'agression. Le 17 mars 1948, les cinq pays signent à Bruxelles le Traité instituant l'Union occidentale qui ne se prémunit plus uniquement contre l'Allemagne mais qui vise à prévenir toute agression armée en Europe – donc pas dans les territoires d'outre-mer – contre l'un de ses membres. Parallèlement, le Danemark, la Norvège et la Suède discutent aussi d'une collaboration militaire au sein d'une union défensive scandinave. Instruits par l'exemple finlandais mais divisés sur leur statut de neutralité, ces pays souhaitent se prémunir contre d'éventuelles pressions soviétiques et envisagent de faire éventuellement appel aux États-Unis pour leur livrer les armements dissuasifs nécessaires. Mais le projet régional échoue définitivement en 1949 quand les Américains signifient leur refus absolu d'armer une alliance neutre.     

 Le Pacte de Bruxelles, prévu pour une durée de cinquante ans, prévoit d'organiser la coopération des Cinq dans les domaines militaire, économique, social et culturel. Un Haut commandement militaire unifié de l'Union occidentale, sorte d'Etat-major commun, est créé. Mais le Pacte de Bruxelles se trouve rapidement vidé de ses compétences étendues avec la signature successive des traités de l'Organisation européenne de coopération économique (avril 1948), de l'Atlantique Nord (avril 1949), du Conseil de l'Europe (mai 1949) et de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (avril 1951). Toutefois, même s'il ne parvient pas à créer une union douanière, le pacte répond partiellement aux soucis des États-Unis et renforce à leurs yeux la position et la bonne volonté des Cinq, avides de l'aide économique et militaire américaine.

 

 

L'OTAN

 Les cinq pays européens membres du Pacte de Bruxelles prennent rapidement conscience qu'ils ne peuvent s'opposer seuls à une éventuelle attaque de l'URSS. Le blocus de Berlin qui prend fin en mai 1949 ayant bien montré que la forte solidarité occidentale peut éviter qu'une situation tendue ne soit le prélude d'un conflit militaire, les États-Unis poussent à la signature d'une alliance militaire avec leurs alliés européens. Même si le Sénat américain, soucieux de ses prérogatives constitutionnelles, n'accepte qu'une alliance classique, les Américains sont déterminés à prévenir une agression communiste en Europe et à la repousser. 

 Le 4 avril 1949, douze ministres des Affaires étrangères signent à Washington le Traité instituant l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) qui englobe l'Union occidentale. Aux Cinq du Pacte de Bruxelles, s'ajoutent les Etats-Unis, le Canada, le Danemark, l'Islande, l'Italie, la Norvège et le Portugal. L'explosion, en septembre 1949, de la première bombe atomique soviétique et le déclenchement, en juin 1950, de la guerre de Corée accélèrent en effet la mise en place de la structure militaire intégrée de l'OTAN. Dans le même temps, les États-Unis réclament avec insistance l'intégration de contingents militaires allemands. En 1955, après l'échec de la Communauté européenne de défense (CED), la République fédérale d'Allemagne (RFA) rejoint officiellement l'OTAN. La Grèce et la Turquie y adhèrent également en 1952. En 1950, le général américain Dwight Eisenhower, héros de la Seconde Guerre mondiale, devient le premier commandant suprême des forces alliées en Europe. L'année suivante, le grand quartier général des puissances alliées en Europe – le Supreme Headquarter of Allied Powers in Europe (SHAPE) – s'installe près de Paris qu'il devra quitter en 1967 pour s'installer définitivement à Casteau, près de Mons, en Belgique.

 

La nécessité d'une alliance euro-américaine est vivement contestée par les communistes du monde entier. Les négociations atlantiques sont d'ailleurs marquées par les menaces et les intimidations à peine voilées que formule le Kremlin contre les puissances occidentales. Mais le climat de peur qui entoure la ratification des traités d'adhésion par les Parlements occidentaux ne fait qu'accélérer les opérations. Le traité d'Alliance atlantique entre en vigueur le 23 août 1949. Il ouvre la voie de la défense de l'Europe de l'Ouest dans un cadre transatlantique.

 

L'Organisation européenne pour la recherche nucléaire

 En marge de la coopération économique, politique et monétaire européenne, les scientifiques du continent manifestent, dès la période de l'après-guerre, une volonté de renouer avec les échanges universitaires transnationaux et de mettre sur pied des programmes de recherche souvent trop sophistiqués et onéreux pour des laboratoires strictement nationaux. L'objectif est également d'atteindre des niveaux d'avancement technologique et nucléaire comparables à ceux des États-Unis et de l'Union soviétique qui, respectivement en juillet 1945 et en août 1949, ont fait exploser leur première bombe atomique.

 Ainsi l'idée d'un Institut européen des sciences nucléaires orienté vers des applications civiles est-elle défendue lors de la conférence européenne de la culture qu'organise à Lausanne le Mouvement européen du 8 au 12 décembre 1949. Relayé ensuite à Genève par le Centre européen de la culture puis à Paris par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), le projet conduit à la mise sur pied en novembre 1951 à Genève d'un Conseil intergouvernemental pour l'étude de la coopération nucléaire et la création d'un grand accélérateur européen de particules. Le 15 février 1952, la Belgique, le Danemark, la France, l'Italie, la Norvège, les Pays-Bas, la République fédérale d'Allemagne, la Suède, la Suisse et la Yougoslavie signent à Genève l'accord portant création d'un Conseil de représentants d'États européens pour l'étude des plans d'un laboratoire international et l'organisation d'autres formes de coopération dans la recherche nucléaire. Convoquées à Copenhague en juin 1952 et à Amsterdam en octobre suivant, des conférences scientifiques fixent les objectifs et l'emplacement, à Meyrin dans le canton de Genève, d'un Conseil européen de la recherche nucléaire d'où le sigle CERN conservé par la suite.       

 Signée à Paris le 1er juillet 1953 par les États signataires de l'accord provisoire, plus le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et la Grèce, la convention portant création du CERN entre en vigueur le 29 septembre 1954, jour de la ratification de la convention par la France et par la République fédérale d'Allemagne. L'Autriche devient membre en 1959 et l'Espagne l'est également entre 1961 et 1969 avant de se retirer, tout comme la Yougoslavie en 1962, en invoquant des raisons financières. Contrairement aux centrales atomiques, le CERN se consacre exclusivement à la recherche fondamentale sur la structure de la matière nucléaire et sur la physique des particules. Dès sa mise en place, il se concentre sur la construction d'un synchro-cyclotron et d'un synchrotron à protons basé sur la technologie des accélérateurs. Il rassemble, pour une durée déterminée, des physiciens de tous les États membres. L'Organisation européenne pour la recherche nucléaire ne poursuit aucun programme de recherche à finalité militaire.

Le 15 juin 1954, huit pays européens (Belgique, France, Italie, Norvège, Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède et Suisse) s'associent pour créer à Paris la Société européenne de l'énergie atomique (SEEA). Cette institution vise à stimuler la diffusion des applications scientifiques et industrielles de l'énergie atomique en favorisant, notamment, la coopération scientifique par l'échange d'ingénieurs et de chercheurs engagés dans des programmes d'application strictement pacifique du nucléaire. En fait, la SEEA devient rapidement un forum européen de rencontres et de débats.       

 

© José Adelino Maltez. Cópias autorizadas, desde que indicada a origem. Última revisão em: 31-03-2009